Et lisez-vous ?
Il y a misère et misère.
Il y a la misère financière d’abord, celle qui pousse, dans l’ombre terrible du désespoir, ces parents désargentés à voler dans les magasins pour nourrir leurs enfants. Cette misère là, tous les hommes de bonnes volontés la combattent. La gauche n’a bien évidemment pas le monopole du cœur, elle qui a, sous Lionel JOSPIN, plus privatisée que les gouvernements BALLADUR et JUPPE réunis… La droite peut être fière des avancées sociales qu’elle a mise en œuvre : Sécurité sociale donnée à tous les Français avec le Général DE GAULLE, semaine de congé payé supplémentaire par Georges Pompidou, participation économique des salariés, départ à la retraite à 60 ans pour ceux qui ont commencé à travailler à 14 ans, grande loi sur le handicap… Le bilan est conséquent et tant mieux : la seule querelle qui vaille, comme le dit le Général DE GAULLE, est celle de l’Homme… Mais il y aussi la misère intellectuelle : l’illettrisme est encore trop présent dans notre société. Alors que de nombreux jeunes sortent du système éducatif avec d’énormes lacunes, on entend aucun débat médiatique sur ce sujet primordial : il est vrai que cela n’intéresse pas beaucoup les journalistes parisiens, plus pressés d’évoquer le prix des appartements et des menuisiers ou le montant de l’impôt sur les grandes fortunes d’un couple socialiste habitant un quartier chic de la capitale… Pourtant, comme l’a excellemment bien analysé l’écrivain Alexandre JARDIN (ici), de la pauvreté du langage, du vocabulaire, naît l’incompréhension du monde, le rétrécissement de la liberté, la propagation de la violence physique. Car peu de vocabulaire, peu de mots, signifie peu de pensée. S’il y a plusieurs mots ce n’est pas par hasard : il y a plusieurs significations. Un mot entretient même un rapport secret avec la perception de chacun : il peut avoir plusieurs significations à un même mot… La pauvreté du vocabulaire, révèle la pauvreté de l’esprit, mais surtout l’incroyable corset posé sur la liberté de chaque individu pour comprendre le monde. La société qui laisse ses individus confondrent un mot pour un autre, qui utilise de manière systématique barbarismes et néologismes, antiphrases et oxymores (sans même s’en apercevoir !), est une société qui devient totalitaire, une société qui empêche ses individus de penser… Et les exemples ne manquent pas de ces mots qui n’en sont pas, qui ne signifient rien, de l’homophobie à la bravitude, il suffit de regarder la télé et de lire les journaux… ORWELL, dans son terrible (prophétique ?) roman 1984, le démontre : les mots sont inversés, vidés de leurs sens, pour masquer une réalité dictatoriale par un monde « bisounours » : le ministère de Pour la sauvegarde de la démocratie d’opinion et le combat pour la dignité de chaque homme, j’attends avec impatience, une rupture dans ce domaine…