Docteur Peuple et Mister People...

Publié le par Christian Vanneste

Le Président de la République recevait les députés UMP à l’Elysée mercredi dernier. Le chef d’orchestre voulait recréer l’harmonie après une série de couacs, d’improvisations dissonantes et le bide des municipales. L’applaudimètre a salué l’artiste, malgré quelques oreilles blessées. Mais le malaise est-il dissipé ?

Malaise : c’est le sentiment avoué par ma voisine avant de succomber au charme. Le ton du début était, il faut le dire, surprenant. Le Président avait commencé Musette sur l’air du « Non ! Je ne regrette rien » à l’accent gouailleur et complice. Certains, mal intentionnés, ont entendu « j’ai toujours raison ». La suite fut une interprétation du thème : « lorsque je m’ausculte, je m’inquiète. Lorsque je me compare, je me rassure », thème et variations sur De Gaulle et ses échecs électoraux, Mitterrand et ses alcôves de la République, Chirac, son ambition au long cours et son immobilisme. Certes. Encore faut-il que le triomphe incontestable de 2007 ne soit pas qu’un feu…d’artifice, et qu’il y ait des résultats propres à permettre une réélection, que les trois cités ont obtenue, mais pas toujours en raison des résultats.

Mon inquiétude à ce sujet est double. D’abord, parce que l’électorat populaire perdu entre 2007 et 2008 ne reviendra pas nécessairement. Ensuite, parce que la méthode de Nicolas SARKOZY se résume à ne pas être une cible immobile. C’est cette tactique de mouvement perpétuel qui lui dicte d’employer systématiquement le mot « conservateur » dans un sens péjoratif.

Comme il l’a rappelé dans un roulement de timbales à la Lully, on voulait qu’il aille au centre, il a, au contraire, parlé de l’immigration et de l’identité nationale. Erreur dans laquelle il a persévéré au second tour avec le succès que l’on sait ! Le stratège du mouvement avait cassé les lignes, démenti les analyses classiques, et conquis le peuple de droite, ceux qui, précisément, sont sensibles à la sauvegarde des valeurs fondamentales. Bref, il a rallié les conservateurs, les populistes ceux que méprisent les bobos qui votent Delanoë.

Mais si on ne gagne jamais sur un bilan, et toujours sur une rupture, on peut s’interroger sur la prochaine rupture. Il est désormais pour le vote des immigrés que « sa » majorité actuelle ne souhaite pas. Un mot de regret sur l’amendement ADN de son fidèle ami Mariani m’a surpris. Son insistance à soutenir et promouvoir la loi Taubira va aussi dans cette direction qui ne peut que décevoir beaucoup ceux qui l’ont élu et que ne satisfait pas la présence de Nadine Morano à la Famille.

Avec les questions des députés, les violons furent de la partie, à part un léger grincement d’Hervé de Charrette sur la réforme des Institutions. Pour le reste, on s’est contenté des récriminations habituelles sur les lenteurs de l’administration.

Resté inutilement le droit levé, je ravalais la question que voici : « Monsieur le Président, je vous ai toujours soutenu pour votre dualité : conviction et habileté unies dans un souci permanent d’équilibre. La loi sur l’immigration assortie du rejet de la double peine demeure un modèle. En revanche, je ne perçois plus cette heureuse synthèse dans trois aspects de votre politique.

Où est l’habileté de l’ouverture ? Elle évite, selon vous, le passage de la gauche à la social-démocratie, mais elle lui a redonné du crédit, conforté le stupide ascendant idéologique dont elle bénéficie dans notre pays, alors que 2007 était avant tout, contrairement à 1995 et à 2002, une défaite sur le terrain des idées.

La valeur-travail et le pouvoir d’achat ont joué un rôle déterminant dans votre victoire. Mais le pouvoir d’achat est resté bien seul après la débandade de la TVA sociale. Ce n’est pas anecdotique, car l’emploi comme cause de la richesse, c’est une politique de l’offre. La priorité donnée à un pouvoir d’achat, par nature toujours insatisfait, c’est une politique de la demande. C’est aussi différent que la droite et la gauche. Les mauvais sondages, comme les chiffres de notre commerce extérieur montrent qu’il n’est jamais très profitable d’affronter l’adversaire sur son terrain.

Enfin, la Présidence, comme toute autorité légitime repose sur un subtil dosage d’être et de faire, quelque fois aussi de paraitre. Nous vous avons aimé pour votre savoir-faire, mais vos prédécesseurs avaient davantage soigné le savoir-être, et souvent le paraître. N’est-il pas temps de rétablir l’équilibre ? ». Je n’avais pas l’intention de le dire, mais il me semble que l’être est essentiel chez celui qui incarne la Nation. Pour le faire, voyez le Premier ministre.

Au-delà de ces questions, s’insinue une sensation : celle d’un divorce entre l’attente et le devenir. Celle-là était populaire et de droite. Le devenir, lui, dépasse les clivages, et réunit tous ceux qui s’enthousiasment d’une mondialisation dont ils ne subissent pas les effets, qui applaudissent à une Europe sans âme, dont ils n’ont pas besoin qu’elle les protège, qui rêvent de l’avènement de l’individu-roi, jouissant sans entrave morale, ni lien national, voire familial du grand marché cosmopolite à l’ombre des droits de l’Homme et de la Charte de l’Environnement.

Faut-il rappeler que dans cet univers pacifié, sans droite ni gauche, substituera une fracture entre celui qui fera son marché planétaire et celui qui fera ses courses le dimanche au hard discount du coin, pas sûr de conserver son emploi dans la production nationale. On voit renaître à travers elle un antagonisme plus profond que celui qui oppose les positions des socialistes aux libéraux. C’est celui qui oppose le conservatisme pour qui l’économie libérale n’est qu’un moyen au service de l’Homme et le libéralisme pour lequel le droit et le marché ont leur logique dont l’Homme est prisonnier.

Publié dans France

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Marie 13/05/2008 15:07

C'est quasiment un discours d'opposant !

Louis Cypher 13/05/2008 12:27


Tiens, un titre qui m’a fait sourire… arrghhh, je commence a avoir un humour de vieux de droite. Au secours !
Bon.
Sur l’habileté de l’ouverture –> faut être aveugle pour ne pas
voir l’inspiration miterrandienne sur le travail politique de Sarko. Du
grand art. “Tonton” avait empoisonné la droite avec LePen, Sarko
empoisonne la gauche avec le facteur. Je reste admiratif.
La TVA sociale : si c’est celle que vous prônez, heureusement
qu’elle est restée dans les cartons ! Ca aurait été un désastre social.
Mais vous convaincre de votre inculture et incompétence économique,
vous qui n’avez jamais bossé de votre vie, serait une grande cause
perdue. Quant à la notion de baisse de pouvoir d’achat, la hausse sans
fin des taxes et leur multiplication (par la droite, bon dieu, par la
droite !!!) est une explication plus que satisfaisante. Mais quand on
empoche 7000 euros par mois pour faire acte de présence, on peut pas
bien se rendre compte de la réalité d’un budget serré à 50 e prêt /
mois.
Quant au reste… Sarko est un auditeur exceptionnel. Malheureusement,
il devrait commencer à penser à écrire ses propres discours : ses 2
plumes commencent à sérieusement fatiguer et à pédaler dans la semoule.
C’est bien d’avoir des conseillers : avoir des conseillers compétents,
c’est encore mieux.

Ticetac 13/05/2008 12:23

Pour rejoindre le propos d'Aristote, il est évident que dès l'élection  de Nicolas Sarkozy, ses électeurs -et j'en suis- ont eu la désagréable impression de s'être fait floués. Après avoir fait une campagne très à droite, l'ouverture a été très mal ressentie car c'était -et vous le dites très bien- montrer que la gauche pouvait inspirer la droite.J'avoue regretter parfois d'avoir permis l'élection de NS à la tête de l'Etat mais quand je pense que l'on aurait pu avoir la Royal....

Aristote 13/05/2008 12:17

Monsieur le Député,Deux éléments dominent dans la situation actuelle du Président de la République. Ces deux éléments sont liés.1°/ A mon avis la référence à l'identité nationale a joué un rôle déterminant dans l'élection de Nicolas Sarkozy, à mon avis bien plus que le thème du pouvoir d'achat. Or c'est précisément sur ce point de l'identité nationale que le Président de la République apparaît le plus en retrait. Etroitement lié à ce point est la question de l'islam en (de?) France et sz la non-intégration durable d'une part non négligeable de la population d'origine maghrébine : les événements récents de Grasse en sont une nouvelle et lassante illustration. On est dans une éternelle posture victimaire qui exaspère beaucoup de compatriotes. Loin d'aller contre cette posture l'équipe actuelle l'alimente.2°/ L'ouverture à gauche. Contrairement à ce qui est très souvent affirmé elle n'a pas du tout été au centre de l'élection présidentielle, loin de là et pour des raisons évidentes puisque cette élection est bien évidemment bipolaire. Le cas de Jean (?) Besson n'était pas ici significatif. Nicolas Sarkozy a sorti de son chapeau cette ouverture après l'élection et non avant. Beaucoup d'électeurs ont bien sûr ressenti alors le sentiment d'avoir été trompés.Mais il est vrai que la tâche n'est pas aisée, en particulier lorsque domine intellectuellement et médiatiquement en France une classe opposée par principe au thème de l'identité nationale et plutôt favorable à la gauche. Vous même avez eu à subir les oukazes totalitaires. Mais vous n'êtes pas le seul : voyez par exemple le procès stalinien que l'on réserve à ce professeur de l'Ens de Lyon, ayant "osé" affirmer que la civilisation arabo-musulmane n'avait pas joué un rôle déterminant dans la transmission de l'héritage aristotélicien.Veuillez agréer, Monsieur le Député, l'expression de mes meilleurs sentiments.

Charly 13/05/2008 12:01

Quand on pense que Nadine Morano est à la Famille...Avez-vous sa prestation chez Ruquier ? C'était effarant...http://legrandcharles.wordpress.com/2008/05/11/droite-republicaine-the-biggest-mindfucking/