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 Christian VANNESTE

Député UMP du Nord
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Mercredi 25 juin 2008

Plusieurs rencontres ont jalonné ces dernières journées. D’où j’ai pu récolté un certain nombre d’idées intéressantes.


D’abord, lors de la réunion de la Mission d’Information sur les Lois mémorielles. Nous avons auditionné Bronislaw GEREMEK, historien et député européen, compagnon de Lech WALESA, avec lequel il a combattu le communisme et libéré la Pologne et qui a parlé en connaissance de cause de la falsification de l’histoire par le totalitarisme.


Puis nous avons entendu Alain FINKIELKRAUT. C’est aujourd’hui une personnalité très controversée : ainsi, une de mes collègues socialistes n’a pas hésité à lui rappeler l’admiration qu’elle avait naguère nourrie à son égard et la déception qu’elle ressentait aujourd’hui. Face à cette attaque pleine de préjugés Alain FINKIELKRAUT a paru profondément blessé et a très longuement, trop longuement, développé une justification. On a déformé et amplifié des propos qu’il n’a jamais vraiment tenus. L’hypothèse que le fils d’un déporté d’Auschwitz puisse être soupçonné de racisme le révulse manifestement. Faut-il dire combien je me suis senti proche de ce plaidoyer puisque dans le fond j’ai été moi aussi victime d’une chasse aux sorcières fondée sur une manipulation de l’information au service d’une pensée étroite et ignorante. La certitude d’avoir pour adversaires des gens peu respectables quant au niveau de leur pensée et à la qualité de leur méthode renforce heureusement la volonté de maintenir le cap. C’est la raison pour laquelle j’ai interrogé Alain FINKIELKRAUT en lui rappelant sa formule suivant laquelle notre société risque de se réduire à la confrontation du fanatique et du zombie. Entre eux, y a -t-il encore une place pour la formation d’un citoyen qui ne soit pas condamné à haïr son pays pour respecter le jeu de la concurrence victimaire des communautés qui veulent y être reconnues? Sa réponse ne m’a pas déçu: on ne peut pas s’intégrer dans une Nation que l'on n'a pas appris à aimer.


Cela a été également l’occasion de faire allusion à l’échange très fructueux que j’avais eu le même jour avec Gaston KELMAN l’auteur de «Je suis noir et je n’aime le manioc ». Au lieu de multiplier les commémorations de l’esclavage à des jours différents dans les diverses collectivités d’Outre Mer, il serait plus utile que les jeunes français connaissent l’histoire de Félix EBOUE, né en Guyane comme Madame TAUBIRA, descendant sans doute d’esclave, mais qui, par reconnaissance envers la République a été la première autorité territoriale à rejoindre le Général DE GAULLE, devenant ainsi Gouverneur de l’Afrique équatoriale française au nom de la France libre.


Le soir, en compagnie d’Olivier DASSAULT et du Groupe parlementaire Génération Entreprise, nous étions reçus par Nonce PAOLINI et son équipe, à TF1. Le sujet d’actualité résidait évidemment dans la remise du Rapport de la Commission COPE sur le financement de l’audiovisuel public. De notre échange trois questions me paraissent préoccupantes. Tout d’abord à quoi correspond la notion de service public dans l’audiovisuel ? A cette première question s’agrègent immédiatement le problème d’un cahier des charges défini et celui du périmètre, c’est à dire du nombre de chaînes nécessaires. Pour ma part, je ne parviens pas à comprendre le rapport établi entre les programmes de France 2 et la notion de Service public. La question de la suppression de la publicité sur les chaines publiques est en fait celle du financement des chaines publiques. Il me paraît aberrant qu’un prétendu Service public soit financé par des publicités, il est encore plus absurde qu’une taxe de plus vienne frapper les sociétés privées afin de financer leurs concurrents publics ; la redevance est quant à elle un impôt kafkaïen, injuste qui consiste à faire payer à tous les français une autoroute qu’ils n’empruntent jamais par un droit de péage archaïque. L’avenir est aux grands ensembles privés multimédias qui interviendront à la fois sur la TNT, le câble, les satellites, internet, et le mobile. La concurrence légitime entre eux garantit la diversité. L’État ou les collectivités locales pour les télévisions régionales doivent se cantonner au véritable service public, c’est à dire à ce qui répond à un besoin indispensable et que le financement privé ne peut satisfaire : information décentralisée, formation, et surtout culture. Encore cela n’est-il pas définitif puisque des chaines musicales privées existent, que c’est TF1 qui a repris avec succès la chaine Histoire, et qu’enfin les grands titres de la presse régionale peuvent également intervenir dans l’information audiovisuelle. La troisième question est plus grave que les précédentes : la France est très attachée à son indépendance culturelle et au financement d’un cinéma national, mais elle a complètement fait l’impasse sur les réseaux de diffusion audiovisuels. TDF est aujourd’hui propriété de capitaux américains. Notre inconséquence dans l’ensemble de ce domaine est particulièrement alarmante.


Enfin, ce matin j’ai eu le plaisir d’entendre l’économiste Christian SAINT-ETIENNE dans le cadre de la Fondation Concorde. L’exposé était lumineux et il est facile de le résumer en deux points auxquels j’adhère: le premier éveille l’optimisme puisque la croissance mondiale, en moyenne de 4,5 points par an, offre un marché de plus en plus dynamique. Le second soulève au contraire l’inquiétude puisque notre pays n’a pas choisi depuis un an une véritable politique de l’offre qui puisse mieux le situer face à la demande mondiale. Une TVA sociale qui situerait la TVA à 22% en englobant notamment les charges des entreprises liées à la politique familiale correspondrait parfaitement à une réponse intelligente aux défis de la mondialisation, à une amélioration de notre offre face à la demande, puisque le cout du travail serait diminué en France, tandis que les produits importés seraient plus chers.


Beaucoup d’idées intéressantes donc, et malheureusement la certitude qui s’impose: elles ne sont pas mises en oeuvre en raison du manque de courage et de la mauvaise qualité de l’information qui règnent dans notre pays.

par Christian Vanneste publié dans : France
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Lundi 26 mai 2008

Si je savais quelque chose qui me fût utile, et qui fût préjudiciable à ma famille, je la rejetterais de mon esprit. Si je savais quelque chose utile à ma famille et qui ne le fût pas à ma patrie, je chercherais à l’oublier. Si je savais quelque chose utile à ma patrie et qui fût préjudiciable à l’Europe, ou bien qui fût utile à l’Europe et préjudiciable au genre humain, je la regarderais comme un crime.

Charles de Montesquieu

Les media ont abondamment commenté, la semaine dernière, la mue opérée par le Maire de Paris, Bertrand DELANOE. Celui-ci, d'après un titre triomphant du Figaro, invite la gauche à accepter le libéralisme dans son dernier livre intitulé De l'Audace (cette référence à Danton, ce grand libéral, me laisse coi...), et se déclare « libertaire »...


Il me semble que le Maire de Paris fait preuve d'une connaissance très superficielle en matière philosophique, dans la mesure ou il y a deux conceptions de la liberté qui s'opposent, ce que n'importe quel potache de terminale, à l'approche du baccalauréat, connait...


Il y a certes la liberté conçue comme l'absence de contraintes. Le mot de « libération » lui conviendrait mieux et la référence à la presse n'est pas anodine. Il s'agit, pour ce type de liberté, de s'affranchir de toute espèce de contrainte. Cette conception va de pair avec le matérialisme. C'est la conception d'un DIDEROT par exemple. Elle ignore le devoir et conduit politiquement à l'anarchie dans le pire sens du terme, puisqu'elle correspond au triomphe du caprice pulsionnel sur l'engagement au profit des autres. Dans ce cas, on voit bien ce qu'est la liberté, mais on ne voit plus qui est le sujet de la liberté puisque obéissant à mes pulsions, je n'obéis pas à moi-même.


Il y a une autre définition de la liberté, qui est davantage compatible avec la responsabilité politique. C'est celle qui considère la personne humaine comme un sujet, raisonnable et responsable, capable de choisir et d'assumer ses choix. Cette conception spiritualiste suppose que le sujet peut choisir de s'engager au profit de la collectivité, et d'obéir en toute conscience à l'impératif catégorique qui lui impose de respecter chez toute autre homme, un sujet libre libre et responsable. C'est la liberté du citoyen. Celle qui faisait dire à Jean-Jacques ROUSSEAU que « l'impulsion du seul appétit est l'esclavage, l'obéissance à la loi que je me suis prescrite à moi-même est liberté ».


Un responsable politique ne peut évidemment opter que pour la seconde conception. Il n'est pas étonnant que le Maire de Paris penche pour la première. De surcroît, celui-ci est très mal placé pour parler de libéralisme notamment en raison du fait qu'il refuse cette liberté essentielle qu'est la liberté d'expression en s'en prenant ouvertement à ma personne... Lui qui ose citer Raymond ARON devrait relire avec acuité Démocratie et Totalitarisme : le fondement essentiel de la démocratie, et donc du libéralisme, est le pluralisme c'est-à-dire la tolérance envers les idées des autres.


Mais on me dira que ROUSSEAU n'était pas très libéral non plus ! L'affaire est plus complexe puisqu'il ne l'est plus dès lors que le Contrat social a été signé, et c'est dans le cadre du Contrat social qu'il faut opter pour trois principes qui s'éloignent de Rousseau mais qui définissent bien le libéralisme:

Le premier, c'est la subsidiarité, qui fait qu'entre l'individu et l'État, il doit y avoir toute une série de corps intermédiaires qui ont leur autonomie relative et qui protègent les individus du pouvoir souverain de l'État. Entre ma licence et l'État souverain, il y a notamment ma Famille, Monsieur DELANOE.
En second lieu, il y a la séparation des pouvoirs par laquelle chaque pouvoir doit être limité par un autre. C'est de cet équilibre que naît la liberté des citoyens.

Enfin, il y a la sûreté. C'est Montesquieu qui disait que le sentiment que chacun se fait de sa sûreté fonde la liberté chez un citoyen. Le citoyen libre, c'est à la fois, celui qui, lorsqu'on sonne chez lui le matin, sait que c'est le laitier et non la police politique, et c'est aussi celui qui est protégé de la violence des autres par l'efficacité de la police et de la justice.


Limitation des pouvoirs, subsidiarité des responsabilités politiques, sécurité : voilà des notions qui fondent le libéralisme politique, inséparable du libéralisme économique alors que ce dernier peut parfaitement vivre sans lui. On voit que l'on est très loin des revendications narcissiques de l'individu-roi prôné par Monsieur DELANOE.


Aucun système n'est plus exigeant envers le citoyen que le système libéral puisqu'il repose sur l'autonomie morale de la personne et sur la limitation volontaire du pouvoir qui lui est confié.

 

 

 

par Christian Vanneste publié dans : France
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Mardi 13 mai 2008

Le Président de la République recevait les députés UMP à l’Elysée mercredi dernier. Le chef d’orchestre voulait recréer l’harmonie après une série de couacs, d’improvisations dissonantes et le bide des municipales. L’applaudimètre a salué l’artiste, malgré quelques oreilles blessées. Mais le malaise est-il dissipé ?

Malaise : c’est le sentiment avoué par ma voisine avant de succomber au charme. Le ton du début était, il faut le dire, surprenant. Le Président avait commencé Musette sur l’air du « Non ! Je ne regrette rien » à l’accent gouailleur et complice. Certains, mal intentionnés, ont entendu « j’ai toujours raison ». La suite fut une interprétation du thème : « lorsque je m’ausculte, je m’inquiète. Lorsque je me compare, je me rassure », thème et variations sur De Gaulle et ses échecs électoraux, Mitterrand et ses alcôves de la République, Chirac, son ambition au long cours et son immobilisme. Certes. Encore faut-il que le triomphe incontestable de 2007 ne soit pas qu’un feu…d’artifice, et qu’il y ait des résultats propres à permettre une réélection, que les trois cités ont obtenue, mais pas toujours en raison des résultats.

Mon inquiétude à ce sujet est double. D’abord, parce que l’électorat populaire perdu entre 2007 et 2008 ne reviendra pas nécessairement. Ensuite, parce que la méthode de Nicolas SARKOZY se résume à ne pas être une cible immobile. C’est cette tactique de mouvement perpétuel qui lui dicte d’employer systématiquement le mot « conservateur » dans un sens péjoratif.

Comme il l’a rappelé dans un roulement de timbales à la Lully, on voulait qu’il aille au centre, il a, au contraire, parlé de l’immigration et de l’identité nationale. Erreur dans laquelle il a persévéré au second tour avec le succès que l’on sait ! Le stratège du mouvement avait cassé les lignes, démenti les analyses classiques, et conquis le peuple de droite, ceux qui, précisément, sont sensibles à la sauvegarde des valeurs fondamentales. Bref, il a rallié les conservateurs, les populistes ceux que méprisent les bobos qui votent Delanoë.

Mais si on ne gagne jamais sur un bilan, et toujours sur une rupture, on peut s’interroger sur la prochaine rupture. Il est désormais pour le vote des immigrés que « sa » majorité actuelle ne souhaite pas. Un mot de regret sur l’amendement ADN de son fidèle ami Mariani m’a surpris. Son insistance à soutenir et promouvoir la loi Taubira va aussi dans cette direction qui ne peut que décevoir beaucoup ceux qui l’ont élu et que ne satisfait pas la présence de Nadine Morano à la Famille.

Avec les questions des députés, les violons furent de la partie, à part un léger grincement d’Hervé de Charrette sur la réforme des Institutions. Pour le reste, on s’est contenté des récriminations habituelles sur les lenteurs de l’administration.

Resté inutilement le droit levé, je ravalais la question que voici : « Monsieur le Président, je vous ai toujours soutenu pour votre dualité : conviction et habileté unies dans un souci permanent d’équilibre. La loi sur l’immigration assortie du rejet de la double peine demeure un modèle. En revanche, je ne perçois plus cette heureuse synthèse dans trois aspects de votre politique.

Où est l’habileté de l’ouverture ? Elle évite, selon vous, le passage de la gauche à la social-démocratie, mais elle lui a redonné du crédit, conforté le stupide ascendant idéologique dont elle bénéficie dans notre pays, alors que 2007 était avant tout, contrairement à 1995 et à 2002, une défaite sur le terrain des idées.

La valeur-travail et le pouvoir d’achat ont joué un rôle déterminant dans votre victoire. Mais le pouvoir d’achat est resté bien seul après la débandade de la TVA sociale. Ce n’est pas anecdotique, car l’emploi comme cause de la richesse, c’est une politique de l’offre. La priorité donnée à un pouvoir d’achat, par nature toujours insatisfait, c’est une politique de la demande. C’est aussi différent que la droite et la gauche. Les mauvais sondages, comme les chiffres de notre commerce extérieur montrent qu’il n’est jamais très profitable d’affronter l’adversaire sur son terrain.

Enfin, la Présidence, comme toute autorité légitime repose sur un subtil dosage d’être et de faire, quelque fois aussi de paraitre. Nous vous avons aimé pour votre savoir-faire, mais vos prédécesseurs avaient davantage soigné le savoir-être, et souvent le paraître. N’est-il pas temps de rétablir l’équilibre ? ». Je n’avais pas l’intention de le dire, mais il me semble que l’être est essentiel chez celui qui incarne la Nation. Pour le faire, voyez le Premier ministre.

Au-delà de ces questions, s’insinue une sensation : celle d’un divorce entre l’attente et le devenir. Celle-là était populaire et de droite. Le devenir, lui, dépasse les clivages, et réunit tous ceux qui s’enthousiasment d’une mondialisation dont ils ne subissent pas les effets, qui applaudissent à une Europe sans âme, dont ils n’ont pas besoin qu’elle les protège, qui rêvent de l’avènement de l’individu-roi, jouissant sans entrave morale, ni lien national, voire familial du grand marché cosmopolite à l’ombre des droits de l’Homme et de la Charte de l’Environnement.

Faut-il rappeler que dans cet univers pacifié, sans droite ni gauche, substituera une fracture entre celui qui fera son marché planétaire et celui qui fera ses courses le dimanche au hard discount du coin, pas sûr de conserver son emploi dans la production nationale. On voit renaître à travers elle un antagonisme plus profond que celui qui oppose les positions des socialistes aux libéraux. C’est celui qui oppose le conservatisme pour qui l’économie libérale n’est qu’un moyen au service de l’Homme et le libéralisme pour lequel le droit et le marché ont leur logique dont l’Homme est prisonnier.

par Christian Vanneste publié dans : France
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