le parachute en or et la participation en argent.

Publié le par Christian Vanneste

Tout ce qui est excessif est insignifiant, disait TALLEYRAND… Et pourtant, l’annonce du « parachute doré » de Noël FORGEARD, ancien patron d’Airbus, ne peut que révulser tout homme attentif au bien commun.

Je pourrais disserter pendant longtemps sur ce cas scandaleux… Mais vous me permettrez seulement de vous préciser ma pensée sur les deux points suivants.

Premièrement, je me réjouis que tout le monde se mette désormais d’accord sur la nécessité de la présence de la morale dans la politique et dans l’économie. J’avais cru comprendre –naïvement peut-être- que l’évocation de cette morale m’était interdite (et était plus généralement interdite aux questions sociétales…). Il est donc intéressant de constater que tous les dénonciateurs du comportement de Monsieur FORGEARD voient, avec raison d’ailleurs, dans cette affaire un manque de décence et de morale publique… Ils en appellent même à des lois afin de « moraliser » certaines activités humaines… Je le note.

Deuxièmement, pour le gaulliste que je suis, je ne peux que redire ici ma conception de l’économie : d’abord pour distribuer les richesses, il faut les créer. Une fois produite, les hommes qui participent à cette création de richesse doivent être justement rémunérés. La rémunération la plus juste est pour moi, le système de la participation, celui-là même que la gauche, par un calcul politique digne des plus mauvais florentins, a refusé en appelant à voter « non » au référendum du Général DE GAULLE en 1969. L’intérêt du peuple passa derrière l’intérêt des socialistes…

La participation, c’est la distribution équitable des profits de l’entreprise à tous, du patron aux salariés. Elle permet l’émulation, le dynamisme, l’innovation dans l’entreprise. Elle est juste car les bénéfices ne servent pas seulement à rémunérer le capital : ils rémunèrent aussi le travail.

Quand la gauche, dans un habituel numéro de dénonciation, crie au scandale contre ces quelques patrons voyous, elle ferait mieux d’avoir plus de décence. En effet, qu’ont fait les socialistes pour rendre impossible ces parachutes en or ? Rien. Monsieur JOSPIN, en revanche, a même réussi l’exploit de plus privatiser que Messieurs BALLADUR et JUPPE réunis…

Pour ma part, modestement, j’ai personnellement encouragé le projet de loi porté par mon collègue, désormais Président de l’Assemblée nationale, Patrick OLLIER, sur la participation. Nous en avons fait une loi. Certains gèrent le Ministère de la parole, nous, nous sommes dans l’action.

 

La politique comme l’économie doivent se soumettre à l’éthique : une éthique guidée par la seule mesure du Bien commun, de l’Intérêt général. Pas d’éthique sans une certaine morale. Sans une certaine morale, comment condamner le parachute scandaleux de Monsieur FORGEARD ?

Publié dans France

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Louis Cypher 23/04/2007 15:36

@ LdelortSympathiques réponses, ma foi...On va cependant commencer par recadrer les choses : dans le cas de Forgeard, on ne parle abusivement de parachute doré : il s'agit en fait d'indemnité de rupture de contrat de travail, puisque Mr Forgeard était un salarié comme un autre. Bref, il ne fait que respecter le code du travail... Ne pas donner ses indemnités à Mr Forgeard, c'est risquer un procès devant les prud'hommes. Vous savez, ce tribunal assez particulier où l'on s'appuie sur le doit le plus massacré par les législateurs : le droit du travail. Où comment un cas particulier devient la règle commune...Comme je l'ai déjà écrit : voilà bien ici le fait le plus choquant : Mr Forgeard n'avait pas un mandat social mais un contrat de travail..luxe inaccesible à bon nombre de directeurs de PME/PMI ou d'artisans...Ceci étant dit ; Alors, dans l'ordre ---> Vous parlez des critères de CA, performances et cie pour évaluer les parachutes dorés ? C'est déjà le cas.... pour ceux qui ont un mandat social, comme c'est le cas dans toutes les grosses entreprises où les politiques n'interviennet pas pour négocier des contrats de travail à leurs amis. La cooptation dirigeants/législateurs ? Explosion de rire !!! Je vous renvoie à ces 5 dernières années de législature pour en avoir de très très très nombreux exemples !! Là, je pense très très très sincèrement que jamais dans l'histoire de la Vè république cette cooptation n'a été aussi intouchable.Vous parlez de parachutes moins dorés ? Parce que, justement, ils sont soumis à performance ----> je le répète : le cas Forgeard est une pure hérésie, fruit de liens très serrés entre politiques et CA !!Ne croyez pas que les CA sont aussi généreux que la légende veut bien le faire croire : des fonds de pension ou des fonds d'investissement bancaires ont des comptes à rendre dans leur fonction d'actionnariat... leur générosité à de très nombreuses limites. Légiférer sur les parachutes ouvrirait par contre la porte à négociations plus ardues sur les avantages en nature...Et beaucoup plus rentables à long terme.Le libéralisme, lorsque l'on parle de gros sous et qu'il n'est pas pollué par le pouvoir politique, est bien assez grand pour se moraliser tout seul : un euro (ou dollar) est un euro, chaque chose a son prix. Par contre, l'intervention du politique (cette bonne vieille tradition chiraquienne..) a systématiquement tendance à fausser le jeu et à se transformer en scandale : le cas Forgeard par exemple...Les entreprises du CAC 40 ont un fonctionnement bien assez sain désormais : il faudrait mieux se pencher sur les conditions de développement des PME/PMI, autrement plus importantes que quelques 100aines de chefs d'entreprise.Je rappelle encore une fois que Forgeard a fait un très bon travail à la tête d'EADS, l'amenant au niveau de l'intouchable concurrent américain : peut-on estimer qu'il s'est tourné les pouces?Je n'ai pas dit que les parachutés allaient se transformer en businness angels : j'ai juste voulu dire que leur argent allait être placé dans quelques produits bancaires d'investissements et de gestion...donc, qu'il revenait par ce truchement dans l'économie. SI possible française. Et puis, il faut bien quelques millardiaires pour faire tourner l'industrie française du luxe, dernier fleuron emblématique en bonne santé de notre économie nationale, non ?Je peux vous donner plein d'exemples de ce qui coute 10 000 000... le développement d'EADS, la création d'emplois, le développement d'une région, un mastotonde européen, la fin du monopole américain dans le ciel, à votre avis, ca coute combien ?Dernier point : la mondialisation est une chance pour la France. L'absence de morale, d'éthique, de vision à long terme, de projet  (et de compétence) chez les politiques est le cancer du pays. La multiplication de lois débiles et contradictoires a fait beaucoup plus de mal au pays que le libéralisme...Leur prochain défi ? Censurer internet et tuer le développement de ce secteur d'acitivté en France. Et je n'ai nullement prétention à prodiguer des conseils : mes avis ne regardent que moi : je n'ai pas la vanité d'un politique. Je profite juste des derniers instants d'une démocratie où l'on pouvait encore donner son opinion sur le travail lamentable des politiques avant qu'arrive la censure et le contrôle complet de l'information.

LDelort 20/04/2007 21:52

@pro-V
Je cite Louis avec qui je suis complètement d'accord (tout arrive !) :
"Je n'entends pas beaucoup le peuple de gauche accueillir à bras ouverts les postions épiscopales sur les les patrons."
Où avez-vous ou entendu cela ?

LDelort 20/04/2007 21:42

@Louis Cypher (mieux vaut tard que jamais)
 


 

Sourire...
 

Heureuse de vous faire sourire ! Je ne suis pas très étonnée !Des plafonds...ben tiens...Alors, déjà, en vertu de quoi ? des plafonds basé sur quels critères ?Et surtout, décidés par qui ? Par les gouvernants ? Vu qu'ils ont la facheuse tendance de placer leur amis à la tete de quelque ronronnante entreprise ex-etatique, il y a fort a parier que les plafonds risquent d'etre élevés...ahhh, copinage et chiraquisme, quand tu nous tiens....on parlait de morale et d'éthique ? rires !
 

Quels critères ? Par exemple taille de l’entité, résultats comptables et financiers passés, objectifs…
 

Par qui ? Représentants patronaux + syndicaux + « gouvernants » comme vous dites.
 

Les plafonds risquent d’être élevés, dites-vous ? Donc, il vaut mieux ne rien faire ? Si je vous suis, on considère que la cooptation (euphémisme) gouvernants-dirigeants est absolument intouchable et incontrôlable, et on se lave les mains de tout ce qui se passe ? Désolée, je ne suis pas encore assez désabusée pour ça.Autre effet pervers : un plafond, c'est un maxi. On parle de Forgeard, mais sans parler d'autres parachutes moins dorés ---> bravo, bonne idée, comme cela, tout le monde va exiger le maximum possible ! Merci pour eux..
 

Pas d’accord avec vous sur la conséquence. Aujourd’hui, ils peuvent exiger tout et n’importe quoi, pourtant certains ont en effet des parachutes moins dorés que Forgeard (d’autres plus dorés). En quoi l’existence d’un plafond ferait que celui-ci soit systématiquement accordé, ça m’échappe. Dernier effet pervers : ok, super, il y a un plafond. Ben on va le détourner par des avantages moins voyants, alors ---> maison de reve offerte, yacht, avion, flotte de véhicules, tableaux, actions d'entreprises amies,.... les moyens ne manquent pas, et les dérives seront encore plus préjudiciables : au lieu de toucher une somme finalement modeste (en regard d'un CA qui se chiffre en milliards d'euros) une seule fois, les abus et le pillage se fera tout au long de la présidence (je veux dire, encore plus qu'il ne l'est actuellement, puisque dans ce cas, le conseil d'administration adoubera ce genre de pratiques)....
 

Là, je ne saisis pas. Ces avantages existent déjà tout au long de la présidence avec le consentement du CA,non ? Là par contre, je suis peut-être davantage désabusée, mais je ne pense pas que la perspective du parachute à venir modère les ardeurs sur les avantages autres.
 


 

faudra aussi  voter une loi pour encadrer ca ? Ok, alors autant mettre laguillier ou besancenot au pouvoir, ca ira plus vite ----> elle est belle, la droite francaise communiste !
 

Si l’on considère que la moindre tentative de moralisation = communisme ! Y’a pas d’intermédiaire entre la situation actuelle et les cocos selon vous ? On rappelle souvent aux gauchistes que les entreprises du CAC40, c’est pas l’ensemble des entreprises françaises (loin de là) ; toucher aux parachutes dorés, c’est pas réformer l’ensemble de la politique vis-à-vis des entreprises et basculer dans le communisme.
 

Allez, encore un point : imaginons un pauvre grand patron francais qui a de bon resultat dans la gestion d'un mastotonde.  Voila que des conseils d'administrations ricains ou indous viennent le courtiser et devinez ce qu'ils lui promettent comme cerise sur la gateau ? Un joli parachute en titane certi de diamants et or blanc ! On a l'air fin avec notre parachute en bronze dépoli (rire). Résultat, il fait ce que tout le monde ferait : il part là ou c'est mieux...et il laisse sa place à l'un des fameux médiocres issus de l'impotente et ingérée administration française ---> on voudrait mettre a terre les derniers fleurons de l'industrie française qu'on ne s'y prendrait pas autrement.
 


 

Confier les fleurons de l’industrie française à des futurs « parachutés dorés à millions » qui s’en préoccupent tant qu’on ne leur propose pas mieux ailleurs n’est pas très judicieux à long terme non plus !
 


 

Un autre ? Ok ! cette loi de "moralisation" (tres castriste, comme terme) ne concernerait que les entreprises basées en France ---> savez-vous qu'il ne faut qu'environ 8 mois pour délocaliser un siège social (et j'en sais quelque chose..les procédures sont même trop simples et les pays qui vous acceuillent vous facilitent les choses) ? Ca va faire un trou assez voyant dans le budget de l'etat, ça !
 

Là, je suis d’accord ; même si le creux n’a pas besoin d’une tentative de moralisation pour s’agrandir…Dernier point : que croyez-vous que devienne l'argent d'un  parachute doré ? Il s'évapore ? Il va dans un coffre gardé par des trolls au fond de la forêt magique ? Nan, il revient tout naturellement dans l'économie... par le biais des banques. Quelques millions placés vont alimenter des fonds de placement qui vont aider de jeunes (ou moins jeunes) entreprises à se créer, se développer, créer des emplois...
 

Bien sûr, bien sur ! Donc Forgeard et les autres, quand ils quittent leur place, deviennent gestionnaire de fonds destinés aux moins bien lotis ? Ca m’avait échappé, ça !!! Filez leur des milliards, y’a pas de souci puisque ça reste dans le système ;-))Il serait peut etre temps que les politiques de droite laissent le champ a une économie un peu plus libérale, non ? Meme jospin n'avait pas osé la coup de la moralisation ! Ah oui, au fait, l'économie libérale, c'est pas le monde des bisounours que l'on lit dans les bouquins. C'est tout simplement la loi de la jungle, où tout se négocie et où tout à un prix. La morale est un produit de luxe, dans cet univers, un produit rare. Et comme tout ce qui est rare est cher....
 

Tout a un prix, ok ! Mais qui est-ce qui a un prix de 10 millions ?
 

Pour ceux que ca choque, il y a bové, besancenot, royal, buffet...z'avez le choix, décidez de la vie économique que vous voulez !
 

Idem qu’au dessus, ni ça, ni les cocos, quelque chose entre les deux (ceci n’est pas du prosélytisme pour les centristes à J-2 du premier tour !)Quand des politiques parlent de morale, qu'ils fassent déjà le ménage dans leur corps de "métier". Charité bien ordonnée passe par soi-même.
 

Et si ils tentaient de  « laver leur linge sale en famille » et de laver (au moins) un peu moins gris en dehors.
 

D'autre part, entendre des fonctionnaires parler d'économie de marché, ça ne peut que faire froid dans le dos à tous les entrepreneurs. Un peu comme si je commencais a parler de Kant, vous voyez ?
 

Ou comme si les politiques parlent de morale donc ? Un truc qui fait même pas partie de leur monde…
 


 

Je comprends votre idée générale, Louis Cypher, mais elle fiche franchement le bourdon :
 

Collusions + mondialisation + délocalisations + absence de morale chez des politiques => on ne peut plus rien faire. Ca peut se comprendre mais je ne suis pas encore assez pessismiste pour ça (trop jeune encore peut-être).
 


 

Par contre, se faire taxer de communisme à tout bout de champ…on ne parle pas de mainmise sur tout le tissu entreprenarial français non plus ! Heureusement que tout le monde ne suit pas vos conseils, sinon vague rouge à prévoir dimanche L(((((
 

la soeur de Bianca 20/04/2007 05:50

Vouloir moraliser uniquementles grands patrons, c'est faire preuve d'hypocrisie.
Là je suis d'accord avec vous. mais il n'est pas question qu'ils échappent à la loi commune. Notre société ne pourra se reconstruire que si chacun accepte de se soumettre à une éthique (ou une morale selon le terme qu'il vous plaira d'employer). Vu l'impact que ces gens ont sur la société, il importe que les hommes politiques et les hommes de finance respectent cette éthique. Mais quand bien même tous ces gens deviendraient vertueux, cela serait inefficace si la majorité des citoyens ne respecte pas cette éthique. Et j'ajouterai que si chacun renvoie la balle en disant : je serai vertueux quand les autres le seront, aucun progrès n'est possible.
Barbara.

Louis Cypher 18/04/2007 16:41

@ Louis.Mon commentaire ne visait pas en particulier Mgr Descubes (qui, je l'admets, a eu une réflexion tout en retenue et en nuance, ce qui n'est pas le cas de nombreux hommes politiques).Question subsidiaire cependant : qui faut-il moraliser en premier ? Les grands patrons ou les conseils d'administration ? Prenons l'exemple (à la mode actuellement) de Forgeard : qu'y a t'il d'immoral à négocier un bon salaire ? Dans ce cas bien précis, de plus, il n'y a pas à proprement parler de parachute doré (on ne le paye pas pour partir...), mais simplement une indemnité conforme à la loi votée par les députés ---> la vacuité intellectuelle de ces derniers a donc transformé une loi faite pour défendre le salarié lambda en un générateur de parachute doré... elle est pas belle, la vie ? Mais ce montant de salaire, habilement négocié (avec l'aide de proches du pouvoir politique, je le rappelle), a été validé par le conseil d'administration... qui est le plus coupable ? Forgeard peut-il être tenu pour responsable d'avoir engagé des négociations ? Quand on vous offre la lune et un tapis rouge pour y aller, vous refuseriez, vous ? Je ne pense pas qu'un seul des "analystes" de l'affaire refuserait de tels avantages..sourire.... faites ce que je dis mais ne faites pas ce que je fais...Se focaliser uniquement sur les grands patrons, c'est dédouaner la responsabilité et la moralité de nombreux autres responsables !! Tout le monde choisi la voie de la simplicité et de la démagogie en faisant des "super patrons" des êtres disposants de tous les pouvoirs ---> Non, non non et non !!! Les conseils d'administration, les plus gros actionnaires, ceux-là on le vrai pouvoir ! Un grand patron n'est au final - pour imager grossièrement la chose - qu'un chef d'orchestre qui fait en sorte que le concert se déroule le mieux possible... Dans le cas Forgeard, je rappelle que ce dernier était salarié (avec tous les avantages liés à ce statut..), luxe inaccessible à de si nombreux artisans et directeurs de PME !! Vouloir moraliser uniquement les grands patrons, c'est quand même faire preuve un peu d'hypocrisie : on ne s'attaque qu'au dernier maillon d'une chaine. Chaîne dont les politiques font partie...Montrer du doigt un seul problème en hurlant au scandale reste la manière la plus simple de détourner l'attention de tout le reste...