Des acteurs et des commentateurs du parlement

Publié le par Christian Vanneste

Assemblée nationaleAprès la première session de cette nouvelle législature, voilà la session extraordinaire de l’été 2008 qui s’achève, avec le vote de textes très positifs auxquels j’adhère pleinement : celui consacré au droit d’accueil des élèves des écoles maternelles, élémentaires publiques pendant le temps scolaire, et celui qui porte sur les droits et devoirs des demandeurs d’emploi. Ces deux mesures ont des points communs, le souci d’une plus grande justice quotidienne pour les français, et notamment ceux qui travaillent et qui ne doivent pas subir la grève des autres comme une nuisance, mais seulement comme l’exercice d’un droit.


De la même façon, il est juste que l’accès au travail soit à la fois facilité, mais aussi suscité.


La diminution du chômage est une priorité nationale dans la mesure ou c’est le travail qui seul peut créer la richesse collective, comme il peut délivrer à chacun son autonomie.


Ces deux textes ont aussi pour but de moderniser notre pays, de le rendre plus efficace. Il est temps que la France prenne conscience qu’elle est engagée dans une compétition internationale, au sein de laquelle la lourdeur et la lenteur de l’administration, les égoïsmes catégorielles ou corporatistes sont autant de handicaps qui affaiblissent l’ensemble et rendent plus difficile la résolution des problèmes par manque de moyens.


En cette fin de session, les réceptions officielles se succèdent, avec un fil conducteur lié au vote de la Réforme des Institutions à Versailles lundi prochain. J’étais donc à Matignon, mercredi de la semaine dernière, pour écouter le Premier ministre, François FILLON, et cette semaine, c’était l’Élysée pour un échange avec le Président de la République, Nicolas SARKOZY. Dans les deux cas, un bilan a été dressé et le programme rappelé pour la session prochaine, dans des styles curieusement inversés, puisque le Premier ministre a prononcé un discours très classique sans dialogue, alors que le Président s’est livré à un jeu de questions/réponses sur un ton qui de sa part était volontiers gouailleur. C’est Jean-Louis BORLOO qui avec beaucoup d’humour soulignait que Nicolas SARKOZY était le Premier à être passé par l’Élysée pour aller à Matignon… Il est vrai que ceux qui sont allés à Matignon d’abord sont rarement arrivés à l’Élysée….


A retenir en particulier la réponse du Président sur un sujet qui, pour moi, est prioritaire, c’est-à-dire la réforme de l’organisation administrative de la France, qui implique la restructuration des collectivités territoriales et une véritable révolution dans leurs financements.


J’avais d’ailleurs évoqué ce sujet dans l’entretien que le Secrétaire général de l’Elysée, Claude GUÉANT, m’avait accordé la semaine dernière. J’espère que nous pourrons aboutir dès la prochaine session.


On peut juger différemment les acteurs de la vie politique, comme on peut apprécier les auteurs dans le monde artistique et littéraire. Il n’est arrivé à l’idée de personne de respecter davantage les critiques que les créateurs. C’est pourtant ce qui arrive dans le monde politique ou certains journalistes, comme Monsieur BARBIER, par exemple, se croient une légitimité pour analyser et évaluer l’action des hommes politiques. Quand on ne court aucun risque, que l’on ne prend aucune responsabilité, on devrait faire preuve de beaucoup plus de modestie… Certaines émissions d’information télévisée devraient d’ailleurs incliner à beaucoup plus de circonspection. J’ai été abasourdi par l’importance donnée au port de la Croix-Rouge par certains des militaires colombiens qui ont libéré Ingrid BETANCOURT. Quand va-t-on cesser de chercher la paille chez les hommes politiques qui dirigent des Etats de droit, quand on ignore délibérément la poutre chez les dictateurs…? En quoi a-t-on violé le droit international quand il s’agit non d’une guerre entre deux Etats, mais d’une lutte parfaitement légitime contre des terroristes qui se situent eux-même totalement en dehors du droit lorsqu’ils enlèvent des civils par exemple ? Que l’Etat colombien ait utilisé des moyens intelligents et d’ailleurs non violents pour obtenir la libération de personnes détenues depuis de nombreuses années sans fondement légitime, est un exploit pour lequel il convient de féliciter le Président URIBE. Mais certains journalistes veulent à tout prix que cet homme politique qui est parait-il membre de l’Opus Dei soit critiquable. Seuls les journalistes sont au-dessus de toute critique et de toute action judiciaire. C’est ainsi que dans l’esprit de certains l’on peut livrer au public sans autorisation des informations concernant des prototypes automobiles, au mépris des intérêts légitimes du constructeur, des risques qu’on fait courir à celui-ci dans un marché concurrentiel. J’ai participé au débat sur la protection des sources des journalistes, le problème soulevé par la communication intempestive de photos de modèles produits par Renault montre à quel point les limites que j’avais souhaitées et d’ailleurs obtenues dans ce débat étaient justifiées. Il est évident que quand un journaliste d’investigation met en lumière une vérité qu’un pouvoir quelconque souhaite cacher au détriment de l’Intérêt général, il assume là le plus haut degré de son rôle social. Dans ce cadre, ses sources doivent être protégées. Lorsqu’en revanche un journaliste s’empare grâce à la complicité d’un collaborateur d’une entreprise des secrets industriels de celle-ci, il commet un délit et il est tout à fait légitime que des poursuites permettent de découvrir celui qui a trahi la confiance de son employeur. Ces deux cas, entièrement distincts, ne doivent pas être traités de la même manière : une protection absolue des sources est donc inutile et dangereuse.


Il est plus que temps que la politique et l’information retrouvent un rapport conforme à la démocratie, que la communication cesse d’être plus importante ou plus décisive que l’action. La critique peut être une aide précieuse pour le pouvoir, la pression des media peut au contraire engendrer la précipitation, la faute, bref conduire le politique hors de sa sphère qui est celle de l’Intérêt général et du Bien commun. Pour atteindre ceux-ci, il faut certes le plus de transparence possible, mais il faut aussi beaucoup de sérénité.

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